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Entretien avec Pierre Paulin

Article le 26/05/2008 à 16h55 , modifié le 04/05/2009 à 17h58 0 commentaire

Pierre Paulin est l'un des designers les plus importants de sa génération. Né en 1927, on lui doit un nombre considérable de réalisations. Découvrez son point de vue, très critique, sur le métier de designer aujourd'hui.

De la déco vintage intérieure d'un salon de l'Elysée pour Pompidou, en passant par le bureau de Mitterrand, ou encore la conception de produits pour Calor, de mobilier pour Artifort...  Beaucoup connaissent ses meubles recouverts de textile en jersey pour Thonet France, considérés aujourd'hui comme de véritables  icônes des Années Soixante-dix. Tête à tête avec Pierre Paulin.
 
L'exposition à la Villa d'Hyères (jusqu'au 28 juin) est un hommage rendu à vos soixante ans de carrière. Lors d'une conférence, vous avez déclaré « mon métier est tombé en panne », qu'entendez-vous par là ?
 Pierre-Paulin-Salon-de-l'El
Pierre Paulin : Oui, il est tombé en panne, on est passé par une période de creux épouvantable depuis les années 75.  Il y a eu une espèce d'effondrement, des gens ont cru que le design c'était gagner de l'argent, se faire photographier en grand avec ses objets en tout petit, alors que pour nous c'était l'inverse. Je voudrais préciser que le design, c'est un rapport à l'industrie, que le nom des gens a un intérêt, oui, dans certains cas, mais plus tôt médiocre. Que c'est avant tout une pratique collective, que ça n'a rien avoir avec le public, qui n'aurait jamais dû entendre le mot « design » dans la mesure où c'est un problème intérieur, alors qu'aujourd'hui c'est devenu un style. Mais il y a une petite vibration, on voit quelques jeunes gens qui commencent à apporter des choses nouvelles, sans les nommer, il y a un Allemand, deux Bretons, un Anglais... Il y a sûrement d'autres gens.
 
Il y a donc quand même une reprise ?
 
Pierre Paulin : Oui doucement, mais vous savez, des designers, il n'y en aura jamais beaucoup. C'est un métier extrêmement difficile, il faut avoir un certain nombre de qualités, il faut avoir de l'imagination, aimer ce que l'on fait, aimer les gens, avoir un certain respect pour le public dans la mesure où l'on ne fait pas cela pour soi mais pour lui. On ne fait pas des tours de passe-passe, un designer n'est pas un artiste !
 
Justement il y a aujourd'hui un mélange des genres, une confusion parfois entretenue qui rend la limite difficile à déterminer entre designer et artiste. Quelles réflexions cela vous inspire-t-il ?
 Pierre-Paulin-Fauteuil-Cygn
Pierre Paulin : C'est une tendance complètement idiote, et même à mon avis tout à fait scandaleuse. Je ne comprends pas que l'on puisse se le permettre. Si pour s'amuser ils veulent faire de l'aquarelle, très bien ! Mais le design est un métier sérieux en parallèle au métier d'ingénieur.
 
Selon vous, quelles différences existe-il entre un designer et un ingénieur ?  

Pierre Paulin : Le premier doit chercher des situations osées et un peu provocatrices dans la technique et l'esthétique, un peu nouvelles. Le second est juste technique.
 
Que pensez-vous avoir apporté à ce métier de designer ?
 
Pierre Paulin : Avant des formes esthétiques, j'ai apporté des prises de position  techniques qui ont donné lieu à des développements avec des conséquences esthétiques.
 
Qu'elles sont les personnes qui vous ont le plus influencées ?
 
Pierre Paulin : Tout d'abord mon oncle George Paulin, designer automobile, aérodynamicien, à qui l'on doit l'invention du toit rétractable en 1931, et qui sera considéré comme le spécialiste aux USA  de ce que l'on a appelé la Streamline. Il a été fusillé par les Allemands pour faits de résistance. Plus tard, j'ai découvert Charles et Ray Eames, Herman Miller, Georges Nelson, je suis un peu la Chapelle Sixtine de ce gothique-là !
 
Avez-vous des  projets en cours ?
 Canapé Pierre Paulin
Pierre Paulin : Oui, ce sont des choses que j'ai envie de faire pour démontrer à ceux dont j'ai parlé tout à l'heure, au sujet de la période des années 1975 à 2007, que le cadavre n'était pas encore froid ! Parce que j'ai été très fâché de voir ce qui s'est passé, les outrances, les plaisanteries, les clowneries, qui ont été proposées, et qui me semblent inacceptables.
 
Pourquoi n'avoir pas pris la parole à cette époque ?    
 
Pierre Paulin : Parce qu'en France on vient de me découvrir ! Demandez aux affaires culturelles, aux Arts Décoratifs... Vous m'avez vu exposer à Pompidou ? Je suis inconnu au bataillon !
 
Aujourd'hui cette exposition, mise sur pied par Catherine Geel dans le cadre de la Villa Noailles, vous rend enfin et justement hommage. En êtes-vous content ?
 
Pierre Paulin : Je ne suis pas content, je suis satisfait !

Pour en savoir plus : http://www.tribu-design.com/

 
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