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Exclu : l'interview du designer Christian Ghion

Article par La rédaction , le 27/02/2009 à 11h34 , modifié le 04/05/2009 à 17h56 1 commentaire

Insatiable découvreur de nouveaux matériaux et talents tout aussi étonnants, Christian Ghion nous explique sa passion pour le corian, cette matière noble qu'il adore travailler. Interview.

De la boutique de Chantal Thomass au restaurant parisien Gaya, les réalisations de Christian Ghion, designer et décorateur un peu foldingue comme on adore, fait la part belle au Corian. Une matière qu'il chouchoute et vénère.

La boutique de Chantal Thomas par Christian GhionLe restaurant Gaia par Christian Ghion

















Qu'est-ce qui vous attire dans les nouveaux matériaux ?

 
Christian Ghion : Je suis toujours à la recherche,  à la chasse aux nouveaux matériaux. Parmi les matériaux considérés comme nouveaux aujourd'hui, qui sont en fait plus anciens qu'on ne le croit, il y a, par exemple, le Corian, ou les bois qu'on arrive à rendre complètement  flexibles comme ceux qu'utilise Oberflex. Il y aussi le cuir lycra qui reprend sa forme initiale après avoir été tendu et de nombreux matériaux qui sont issus de l'univers hospitalier ou médical dont l'usage est détourné pour leur qualité d'hygiène et de confort. Il y a encore des matériaux imaginés pour l'aéronautique, pour leur légèreté, leur résistance, leurs atouts phoniques et acoustiques...
 
L'idée actuelle, c'est de les détourner de leur usage pour utiliser leur potentiel intrinsèque. Si on peut rendre une aile d'avion ultra légère, on doit pouvoir rendre une table ultra légère. Quelque fois, il y a des applications possibles directement et d'autres qui ne marchent pas.

Quels sont vos dernières trouvailles ?

Christian Ghion : J'ai découvert par exemple un truc génial : l'Aérogel. Cela ressemble à du sucre gélifié et c'est utilisé comme coupe-feu dans les fusées car un volume d'1 litre doit peser moins de 8 grammes. Ce matériau possède des performances extraordinaires  et j'aurais voulu faire avec une immense table qui ne pèserait que quelques grammes. Sauf que la matière s'avère friable. Pour l'instant, je ne vois pas ce que l'on peut en faire, mais je voudrais trouver des alternatives à son utilisation. Idem pour les mousses à mémoire de forme qui appartiennent, pour l'instant, à un domaine réservé, celui du médical. Si cela donne un confort incroyable à un vieillard ou à un grand brûlé, tout le monde à de l'intérêt à les faire entrer dans l'intérieur des maisons ! Tout cela motive mes tâtonnements.

Pourquoi une telle passion pour le Corian ?

Christian Ghion : Le Corian est un des nouveaux matériaux que j'utilise. Le Corian a 50 ans, sauf qu'on en parle depuis peu de temps, une petite dizaine d'années, et 2 ou 3 ans seulement pour le grand public. Il a été conçu au départ comme des planches et uniquement destiné à faire des blocs opératoires. C'est une matière totalement inerte qui est un mélange de poudre minérale et d'acrylique. Le Corian est totalement imputrescible, les microbes ne peuvent pas rentrer dedans. La colle est faite du même composant, ce qui assure la parfaite hygiène des blocs opératoires dont le sol, les murs et le plafond sont réalisés en Corian. Ça coûte très cher parce que c'est destiné à un usage particulier, rempli d'exigences. Tout doucement, on commence à l'utiliser, là où on a un besoin d'hygiène : dans les cuisines et les salles de bains.

Comment travaillez-vous le corian ?
 
Christian Ghion : Il y a 30 ans, on l'utilisait toujours par plaques. Aujourd'hui, en le chauffant, on peut le tordre et le cintrer. Ma chaise longue éditée chez Capellini est, à ma connaissance, la première utilisation en 3 dimensions du Corian. Maintenant, on sait que le Corian est déformable dans pratiquement tous les sens.

Pensez-vous que le corian va se démocratiser ?

Le Corian coûte de moins en moins cher même si c'est encore un matériau coûteux. Dans les 5 ans qui viennent, le Corian et ses dérivés vont coûter 2 fois moins cher. C'est une certitude. J'essaye moi-même d'introduire ce matériau dans mes projets de design, aussi bien dans les objets que le mobilier.

En France, les grands cuisinistes comme Vogica ou Mobalpa ne sont pas fous... Connaissant l'impact que le Corian a dans l'imaginaire des gens, pour ceux qui savent ce que c'est et se disent "je ferais bien ma cuisine en Corian mais c'est cher", et toute la presse qu'il y a autour de ce matériau, ils aimeraient bien pouvoir en proposer à des prix concurrentiels. Dire aux gens : "vous pouvez, vous aussi, vous offrir une cuisine en Corian".

Moi-même, je suis en train de dessiner des tables de salle-à-manger pour Roche-Bobois, et parmi les propositions que j'ai faites, il y a une en Corian.

Dans le Corian, ce qui coûte cher, c'est un petit peu la matière, et surtout la transformation : le Corian est un matériau qui se travaille comme du bois, sauf que les outils sont 100 fois plus précieux. La plupart des outils sont des outils au diamant parce ce que c'est très dur. Ça se scie, ça se tourne...Sauf qu'au lieu d'avoir une scie avec des dents en ferraille, on a une scie avec des bords en diamants qui est très coûteuse.

Quels sont les usages possibles du Corian dans le design ?
 
Christian Ghion : C'est un fantasme que de vouloir faire des petits objets avec. J'emploie plutôt le Corian dans des projets d'architecture intérieure. Dernièrement,  je l'ai utilisé de façon significative au restaurant de Gagnaire, le Gaya (voir la photo ci-dessus), où toutes les tables et le bar sont en Corian. Si j'ai choisi de les faire dans ce matériau, c'est pour plusieurs raisons. D'abord parce que c'est un matériau que je maîtrise plutôt pas mal et que j'ai la chance de travailler avec le meilleur atelier de transformation de Corian d'Europe, qui se trouve en France et réalise des prouesses. Comme on a une très bonne relation, je leur propose des trucs invraisemblables et il y a maintenant presque un challenge entre nous. Je leur lance : "ça vous ne pouvez pas le faire...". Et ils me répondent : "tu rigoles ?". Du coup, il y a un vrai échange au niveau des développements. Dès que l'atelier essaie quelque chose de nouveau, il m'en parle en me disant qu'il y a peut-être quelque chose à faire avec. Et 9 fois sur 10, ils réussissent à mettre au point mes idées farfelues !

 
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